Le Mot de la Styliste Anna-Barbara Aumüller

Qu’est-ce que le futur de la mode ?

Peut-être faudrait-il commencer par se poser la question : qu’est-ce que la mode ?

L’image que l’on souhaite envoyer aux autres par une mise en valeur visuelle de notre être. Selon les critères de beauté actuels la vraie mise en valeur est très subjective car avec un certain recul la mode passée nous semble presque toujours ridicule : vêtements de couleurs inappropriées avec des logos imprimés surdimensionnés au point qu’ils dissimulent même l’essence du vêtement, parties de corps mises à nu et cela même en période de grand froid, corps comprimés dans des vêtements aux coupes slim… Par mimétisme on suit des normes édictées par les dictats des magazines ou des influenceuses pour plaire et être acceptée aux yeux de tous.

Avec la surproduction des collections incessantes fabriquées en délocalisation les vraies valeurs des choses sont complètement perdues, lorsque l’on peut acheter un tee-shirt au prix d’une simple baguette de pain, les prix ridiculement disproportionnés ont provoqué un comportement d’achat compulsif et boulimique absurde.

La terre nous le fait comprendre. Nous l’usons croyant pouvoir la soumettre alors que nous sommes plus que jamais et pour toujours dépendant d’elle.

Ceci a stimulé des recherches créatives, de nouvelles matières pouvant « remplacer » le cuir ou le coton ou bien d’autres… Des procédés de recyclage ont donné naissance à de nouvelles expressions pour dire autrement ce qui existait déjà. On cherche à tout prix le fait que l’on puisse continuer comme avant, produire autant ou plus, en se déresponsabilisant en prônant une attitude vertueuse ou éco responsable en mettant en avant ces matières recyclées… La vérité est que les meilleures matières sont les matières naturelles, cultivées dans le respect de la nature à un rythme guidé par les saisons et non par l’avidité d’un meilleur rendement.

Être responsable signifie consommer bien, au juste prix, c’est-à-dire inévitablement plus cher pour garantir une bonne qualité de produit et de production dans le respect de la valeur du travail.

Tout ce qui semble compter aujourd’hui est le prix ! le seul dénominateur commun est : combien ?!

Que valent les « likes » d’une communauté en crise d’identité et portée sur l’égocentrisme qui consomme sans engagement ni conscience ?

L’industrialisation et la mondialisation avec sa délocalisation de production dans des pays à bas salaires nous ont fait perdre toute vision juste du temps passé pour réaliser un vêtement. La covid-19 nous fait prendre conscience de l’importance de notre indépendance et de notre capacité à produire localement. Mais dans cet élan nationaliste nous avons oublié que nous devrions être prêts à consommer moins et à payer plus cher, car changer le monde sans que cela nous coûte un engagement réel est impossible.

La version positive pour le futur de la mode serait pleine d’amour et de respect pour la Terre. L’homme devra se libérer de son avidité et de son égoïsme. Ce peut être utopique de souhaiter que l’humanité entière puisse évoluer dans ce sens. Le futur dépend de chacun d’entre nous !

Soit on agit en responsabilités soit on se dédouane. Notre apparence ne va guère changer, la mode continuera d’habiller des êtres de quatre membres et d’une tête – ce qui peut changer c’est notre esprit et notre approche de comment consommer.

Le bonheur ne peut pas s’acheter il attend à être trouvé à l’intérieur de nous-mêmes.

Anna-Barbara Aumüller

Anna-Barbara Aumüller

La jeune styliste autrichienne née à Damas affiche un parcours hors norme. De ses études à l’école de mode de Hallein en Autriche où elle a pu apprendre toutes les bases autour des matières, du modélisme, de la couture et du style jusqu’à cette année 2020 où elle signe le lancement de l’exposition « Mode au futur » tout en préparant sa marque « Anna-Barbara » autour de nouveaux concepts atypiques : à savoir créer une maison de couture qui vise l’éco responsabilité maximale notamment en limitant ses productions sur mesure – en faisant une collection slow fashion pour éviter les gaspillages inutiles – en utilisant les matières de haute qualité et des finitions couture pour offrir une durée de vie longue aux créations – de refuser le dictat des défilés de mode ainsi que la communication effrénée et égocentrique des réseaux sociaux classiques en adaptant une attitude écologique, citoyenne, humaine et valorisant les partenaires et clientes.

Outre une collection intemporelle permanente évolutive qu’elle agrémente de signatures de collections capsules avec des marques de vêtements, elle signe la création de lignes d’accessoires luxe avec plusieurs dizaines de marques en cobranding ainsi qu’un site web et des show-rooms dédiés aux professionnels (multimarques ou grands magasins) et à une clientèle de sur-mesure luxe sur un fichier en cooptation avec une carte de membre pour un service haut de gamme.

Anna-Barbara Aumüller qui a fait ses débuts chez Vivienne Westwood – la papesse de la mode britannique, qui est aussi la marraine du projet « Artisans du Luxe » – est venue enrichir son savoir-faire et ses connaissances techniques à Paris au sein de grandes maisons (en intérim, en interne puis en sous-traitance) en prêt-à-porter, en sur-mesure comme en Haute Couture – en modélisme, en couture, en style, en R&D…

On pourra ainsi citer les maisons :  Vivienne WestwoodAlexander Mac QueenLanvinSchiaparelliRalph and RussoDiorChanelYves Saint LaurentGivenchyLouis VuittonNina Ricci MuglerValentinoSonia RykielElie SaabAzzedine AlaïaGuy LarocheCélineEllery Stéphane RollandBalenciaga ou encore Jean Paul Gaultier, entre autres…

Ayant été qualifiée aux épreuves finales du Meilleur Ouvrier de France, elle signe des créations en flou comme en tailleur – du chaîne et trame, des process technologiques, à la maille et au cuir.

Partageant son temps entre le projet Artisans du luxe d’une part (qui lui apporte réseau, compétences et connaissances), sa maison de couture éponyme (vêtements luxe et accessoires haut de gamme), l’atelier de sur-mesure pour ses clientes privées, la sous-traitance par son atelier de façonnier luxe, elle ne veut pas négliger la formation professionnelle sans laquelle il n’y aurait pas de transmission ni d’excellence, aussi accepte-t-elle de former des stagiaires en interne, de participer aux jurys de plusieurs écoles de mode réputées et d’enseigner des master classes en français, anglais, allemand et italien dans quelques écoles de renom à Paris, en Pologne, en Autriche et sous peu en Allemagne et Angleterre.