L’industrie de la mode progressera pas à pas dans le noir

Même avant l’émergence du COVID-19, les leaders de l’industrie de la mode n’étaient pas optimistes quant à l’année 2020. Il y avait plusieurs raisons à cela, économiques d’abord, mais également environnementales, sociétales et technologiques. L’incertitude économique mondiale, due en partie à la guerre commerciale Etats-Unis/Chine, a bouleversé la supply chain du secteur.

La profession doit également faire face à la pression croissante de la société civile mondiale en faveur d’une plus grande prise en compte des enjeux environnementaux. La conscience environnementale des consommateurs et leur besoin de transparence ayant dorénavant un impact direct sur leur demande et leur comportement d’achat.

De plus, dans un monde ultra-connecté, ces mêmes consommateurs attendent des marques une expérience unifiée, sans couture, entre univers digital et monde physique. Cela implique une véritable révolution technologique pour les acteurs de la mode. En effet, beaucoup sont plutôt en retard en la matière par manque de ressources, de culture de l’innovation et à cause de silos d’informations au sein des organisations, véritables freins à la prise de décision et à l’agilité.  Avant la pandémie de COVID-19, les entreprises du secteur progressaient dans le brouillard, au milieu de crises et sujets aussi brulants qu’épineux. En période post-COVID-19, elles iront pas à pas dans le noir. Et cela pourrait perdurer dans les 12 à 18 prochains mois, peut-être plus encore.

Le luxe, qui a été l’un des moteurs de la croissance du monde de la mode, sera encore plus touché. Le secteur est probablement au début d’un combat long et douloureux. Le paysage concurrentiel va se redessiner dans les mois et les années à venir. La crise pourrait s’avérer être sur le long terme, un tremplin pour les entreprises solides, tout en accélérant le déclin à court terme de celles qui se débattaient déjà auparavant. Le contexte actuel est un catalyseur qui pousse l’industrie à changer profondément, et cette mutation vers un nouveau modèle ne se produira pas en un mois, ni même en un an. 

Le véritable défi pour la profession sera la transformation réussie d’une supply chain obsolète, affaiblie et parfois même destructrice de valeur, en une demand chain axée sur les objectifs. La crise du COVID-19 pourrait être considérée comme le choc dont l’industrie avait besoin pour réinitialiser, remodeler et libérer la valeur à chaque étape du processus : conception et développement de produits, approvisionnement, production, logistique et distribution. Les entreprises devront repenser les structures organisationnelles et les relations hiérarchiques pour plus d’agilité et de transparence, étendre de nouvelles approches autour du modèle pull, repenser les collections, les saisons, les Fashion Weeks, ce qui signifie des cycles de création et de production plus courts dans une chaîne de demande plus intégrée et locale.

En outre, l’innovation et la collaboration seront des atouts clés dans le monde de demain. Ceux qui pourront les exploiter seront probablement parmi les gagnants. Avant le COVID-19, il était temps d’y penser, il est à présent urgent d’agir.

DANIEL HARARI

Président LECTRA